Le bonheur de chanter

« Chanter pour se donner du courage, pour manifester la solennité d’un instant, pour convaincre – voire manipuler – ou tout simplement pour « se faire plaisir » ? Les fonctions de la vocalité semblent inépuisables, tantôt profondément intimes, tantôt lancées comme une adresse au monde. Dans le chant sacré ou profane, l’hymne du soldat ou le couplet du marin, c’est l’alchimie des individualités rassemblées en un chœur qui provoque une émotion unique. Et terriblement efficace. Le succès actuel des chorales et ensembles vocaux, aux ambitions musicales modestes ou plus affirmées, se fonde sur une idée parfois quasi thérapeutique du chant comme antidote à la morosité, à la solitude, au stress contemporain. Une dimension affective incontestable qui peut oblitérer les exigences plus arides du bien chanter. Car si la voix possède cette magie incomparable d’un instrument « du dedans », elle requiert un apprentissage, une maturation et une vigilance de tous les instants. Parce qu’il allie le sens du texte à l’impact de la musique, le chant traverse l’espace et le temps, construit et défend une identité singulière et collective »
Dans cette société développée de culture écrite, le chant a acquis une fonction essentiellement esthétique, développant le sens du beau, pouvant devenir, dans les cultures médiatiques, un pur divertissement. " Dans les sociétés à tradition orale, le chant recouvre toutes les activités liées au sacré et au monde spirituel "... " Le chant apparaît ... comme la liaison entre l’émotion pure de la musique qui fait ressentir, et le texte, qui transmet du sens. Le chant a une fonction susceptible d’adhésion très grande, car il fonctionne sur des émotions très profondes. Il existe des chants stimulants qui aident à travailler ( un chant de piroguiers ), à marcher, des chants plus idéologiques, comme ceux des parachutistes qui donnent un sentiment d’adhésion à une communauté. "


" Le chant relève de la clameur, qui donne de la force par la cohésion et un sentiment d’appartenance, comme dans un stade de rugby. Il peut faciliter la tâche d’aller au combat, le chant a donc aussi un aspect extrêmement manipulateur. Dans un processus musicalisé, peut s’exprimer l’énergie de conviction.

" Si le chant est créateur de solennité ou de spiritualité, les neuroscience ont établi récemment une autre fonction, celle de facilitateur mnémonique. La coexistence de stimuli à la fois musicaux et verbaux favorise une inscription durable dans la mémoire. Si un enfant cherche à apprendre quelque chose par cœur, il y mettra un élément mélodique, comme le montre l’exemple des tables de multiplication. La formule mélodique, toujours la même, favorise la rétention des paroles, même ces paroles ( tables) sont différentes. Dans l’autre sens, l’influence des paroles aide aussi à retenir la mélodie. Cet aller-retour paroles-mélodie crée des circuits qui favorisent l’apprentissage. On sait également que l’effort de compréhension d’un texte participe à sa mémorisation. S’il est chanté, il est moins compréhensible, ce qui favorise son inscription dans la mémoire à plus long terme, à cause de l’effort fourni pour le comprendre. Enfin, un autre apport des neuroscience dans la compréhension des fonctions du chant souligne que l’aspect émotionnel qui peut être véhiculé par une musique favorise également son inscription dans la mémoire à long terme. C’est le côté proustien de la musique. "

( Extrait du journal : La croix / Vendredi 1er décembre 2006 )

 

LIBRE SWING LE CHESNAY - JANVIER 2014